
Les ouvriers de la nouvelle cathédrale grecque-melkite St-Sauveur à Montréal
Signe de notre temps, nous vivons au Québec une époque où les bâtiments et églises catholiques se font moins vigoureux qu’autrefois. Il n’est pas rare d’apprendre que certaines églises sont transformées en logement d’habitation ou changent drastiquement d’usage, quand elles ne sont pas tout simplement de plus en plus désertes. Je lisais, en fin de semaine, un article dans La Presse sur la pratique religieuse au Québec, qui n’a cessé de décliner chez nous. On y décrivait qu’en seulement quelques décennies, le Québec est passé d’une société catholique des plus pratiquantes à celle la moins pratiquante de l’Amérique du Nord. La santé de notre église est sur son déclin. Les ressources humaines et matérielles pour animer et maintenir nos églises diminuent depuis des années et, comme tout le monde sait, la relève se fait rare.
Nous sommes donc loin de l’époque des bâtisseurs de cathédrales d’autrefois. Ainsi, il ne faut surtout pas s’attendre à voir de nouvelles églises catholiques traditionnelles se bâtir dans la province.
Pourtant, si la religion catholique perd de la vitesse au Québec, il n’en est pas de même pour d’autres de ses branches comme celle de la communauté grecque-melkite catholique du Canada. Une surprise pour moi: il y a des cathédrales qui se construisent de nos jours au Québec. Je me suis donc trompé. En effet, j’ai été étonné depuis quelques mois de constater que des églises de ce groupe poussent comme des champignons. J’en ai vues sur la rive sud de Montréal, à St-Hubert sur l’avenue Grande-Allée, et tout juste cette semaine à Montréal.

Je roulais sur le boulevard de l’Acadie en revenant de faire des emplettes lorsqu’une nouvelle cathédrale en construction m’a arrêté sec dans mes rêveries. Un champignon en construction avec la structure de grosses coupoles avait surgi au coin nord-est de l’intersection où je me trouvais. J’ai appliqué les freins et stationné ma bonne vieille Honda. Un nouveau bâtiment religieux était bel et bien en train de prendre forme au coin du boulevard de l’Acadie et de la rue Olivier-Berthelet. Des grues montaient des blocs de béton, et plusieurs ouvriers s’activaient dans les hauteurs des deux tours de la cathédrale en construction, la future cathédrale grecque-melkite catholique St-Sauveur de Montréal. Moi qui croyais que l’époque des bâtisseurs de cathédrales était révolue il y a longtemps, j’étais en face d’un anachronisme saisissant. En tout cas, c’était écrit en grosses lettres sur la pancarte du chantier de construction: l’entrepreneur général J.C.B., les gestionnaires de projets de la firme Decasult et la firme d’architecte Gagné et Villeneuve sont les bâtisseurs de cette grande cathédrale grecque-melkite.

Force est de constater que cette religion semble avoir le vent dans les voiles. La vigueur, l’énergie et les moyens financiers nécessaires pour construire une cathédrale de cette ampleur en 2007, sont tous à l’honneur de ce groupe. Pensons seulement aux coûts de construction de pareils édifices qui doivent être assez importants. S’il y a des gens qui investissent dans de nouveaux temples religieux de la sorte, cela veut dire qu’ils appartiennent à un mouvement qui est en bonne santé et qu’il y a toute une communauté derrière l’entreprise. Il s’agit vraisemblablement d’une communauté religieuse en pleine expansion, contrastant avec la réalité actuelle de l’église à laquelle j’appartiens.
J’avoue que j’étais fasciné devant la construction de l’édifice qui grouillait de vie comme une petite termitière. Pour vous dire, je trouvais l’expérience si nouvelle et inusitée que j’ai sorti ma caméra pour prendre ces photos et immortaliser la scène. Ce n’est pas tous les jours qu’on peut voir la construction d’une cathédrale, alors je me suis permis d’en profiter! Les bâtisseurs de cathédrales ne sont donc pas seulement des légendes du passé dont les exploits architecturaux sont racontés dans les livres d’histoire et d’art ancien.
J’ai constamment vu nos vieilles églises qui ont toujours été, de ma courte existence, comme faisant parti du paysage. Pourtant, je n’avais jamais eu l’occasion d’assister à la naissance de l’une d’entre elles. Pour moi, il n’y avait pas de questions à se poser, les églises avaient toujours été là. Elles avaient déjà bien poussé là un jour lointain et j’oubliais presque qu’elles avaient été construites par de vrais hommes en chair et en os.
En cherchant différents angles pour photographier le chantier, je songeais aux cathédrales légendaires bâties depuis des siècles que j’ai eu la chance de contempler à l’étranger. Notre-Dame de Paris, la Sainte Chapelle et les autres joyaux d’architecture des générations précédentes. Plus près de nous, j’essayais d’imaginer les bâtisseurs des nombreuses églises du Québec, il y a plusieurs années. Avec la grande quantité d’églises sur notre territoire, ils devaient sans doute avoir été nombreux. Après tout, les églises ne poussent pas toutes seules avec un peu de bonne volonté et des prières!
Devant moi, les ouvriers coiffés de leur casque de construction en plastique travaillant dans leurs échafaudages me rappelaient vaguement les images d’artisans qui ciselaient avec leur marteau de pierre les sculptures et les gargouilles sur les sommets des tours de la cathédrale Notre-Dame. Les grues et les marteau-piqueurs d’aujourd’hui sont évidemment moins anciens et peut-être pas mal moins romanesques, mais ces outils s’affairent maintenant à construire un nouveau temple pour Dieu avec des matériaux modernes. Dans quelques centaines d’années, si la cathédrale St-Sauveur est toujours sur ses pieds, probablement que des gens du voisinage se demanderont comment les ouvriers travaillaient à notre époque. Qui sait, les nouveaux édifices seront probablement fabriqués par des robots géants ou assemblés dans des méga complexes dans ce futur lointain.
Je continuais d’analyser ma réaction de surprise devant l’érection de ce nouveau temple en prenant d’autres photos du chantier. Les nouvelles constructions les plus fréquentes que je connaissais étaient quelques arches avec le grand “M” doré des McDonalds, des stations-service Ultramar, de nouveaux pavillons à l’université de Montréal, des temples du sport comme le Centre Bell ou le Ottawa Lynx Stadium, mais jamais des églises ou des cathédrales. La différence est toute là. Je suis tellement habitué à les avoir vues toujours là, les églises.
Pourtant, il y a quelque chose de beau à voir l’érection d’un temple pour des fidèles de Dieu, sans finalité purement mercantile, que ce soit de notre religion ou non. Ce sentiment devait habiter les constructeurs des églises catholiques d’antan qui prospéraient à leur époque et sans doute ceux des autres églises en construction présentement dans des pays du monde où les gens ont la ferveur et la motivation pour construire de tels nouveaux temples comme en Afrique ou en Amérique du Sud.
Pendant que les bâtisseurs de cathédrales s’exécutaient devant moi avec leurs machines, j’ai pris d’autres photos pour au moins me souvenir que j’aurai vu ce spectacle au moins une fois…
