Sur la piste de J-P

juin 7, 2007

La honte d’être un humain

Enregistré dans : Généralités — J-P @ 7:28 pm

Je suis en train de lire le roman, Les Bienveillantes, de Jonathan Littell qui a gagné le dernier prix Goncourt 2006 en France. Le roman raconte la vie d’un officier Allemand durant la deuxième Guerre Mondiale et le massacre des Juifs. Le roman est brillant, fouillé et bien documenté. Mais il nous plonge dans l’horreur et ce que qu’il y a de pire dans l’esprit humain.

Le passage suivant m’a montré la cruauté dont est capable l’homme. Je n’ai jamais si bien senti la honte d’être un humain. Je me considère chanceux de vivre au Canada en 2007 et non pas en Europe dans les années 1940 tout en étant juif. Quel cauchemear! C’est à la page 142 de la brique de 900 pages:

La hiérarchie commençait à percevoir ce fait et à le faire entrer en ligne de compte. Comme me l’avait expliqué Eichmann, on étudiait de nouvelles méthodes. Quelques jours après sa visite arriva de Kiev un certain Dr. Widmann, venu nous livrer un camion d’un nouveau genre. Ce camion, de marque Saurer, était conduit par Findeisen, le chauffeur personnel de Heydrich, un homme taciturne qui refusa obstinément, malgré de nombreuses sollicitations, de nous expliquer pourquoi il avait été choisi pour ce voyage. Le Dr. Widmann, qui dirigeait lui la section de chimie de l’Institut de criminologie technique, rattaché à la Kripo, fit une longue présentation pour les officiers: “Le gaz, déclara-t-il, est un moyen plus élégant.” Le camion, hermétiquement clos, se servait de ses propres gaz d’échappement pour asphyxier les gens enfermés dedans; cette solution, en effet, ne manquait ni d’élégance, ni d’économie. Comme nous l’expliqua Widmann, on avait essayé autre chose avant d’en venir là; lui-même avait conduit des expériences à Minsk, sur les patients d’un asile, en compagnie de son Amtchef, le Gruppenfuhrer Nebe; un test aux explosifs avait donné des résultats désastreux. “Indescriptible. Une catastrophe.” Blobel se montrait enthousiaste: ce nouveau jouet lui plaisait, il avait hâte de l’étrenner. Hafner objecta que le camion ne contenait pas grand-monde - le Dr. Widmann nous avait dit cinquante, soixante personnes au plus -, ne fonctionnait pas très vite, et paraissait donc peu efficace. Mais Blobel balaya ces réserves:” On gardera ça pour les femmes et les enfants, ça sera très bien pour le moral des troupes.” Le Dr. Windmann dîna avec nous; après, devant le billard, il nous raconta comment la chose avait été inventée: “En fait c’est le Gruppenfuhrer Nebe qui a eu l’idée. Un soir, à Berlin, il avait un peu trop bu, et il s’est endormi dans sa voiture, dans son garage, le moteur tournait et il a failli mourir. Nous, on planchait déjà sur un modèle de camion, mais on comptait utiliser du monoxyde de carbone en bouteilles, ce qui n’est pas du tout praticable dans les conditions de l’Est. C’est le Gruppenfuhrer, après son accident, qui a songé à utiliser le gaz du camion lui-même. Une idée brillante.” Il tenait l’anecdote de son supérieur, le Dr. Heess, qui la lui avait été racontée dans le métro. “Entre Wittemberg-Platz et Thiel-Platz, précisément. J’étais très impressionné.”

Et bien moi, je suis aussi impressionné. Impressionné comment l’homme peut être con et pourri, tout en se trouvant génial. J’ai honte d’être un humain!

Papa kangourou

Enregistré dans : Myriam, Photographie, Près de chez nous — J-P @ 6:11 pm

J’ai découvert les bienfaits du porte-bébé ventral. Papa-kangourou trouve que c’est pas mal pratique de porter Myriam sur le ventre en ayant les bras libres. Je peux faire des tas de choses utiles comme m’appuyer sur des ballons de couleurs vives aux festivités de nos amis cyclistes au tour de l’île … Quant à Myriam, elle semble apprécier la randonnée. En tout cas, elle ne se plaint pas pendant la promenade au parc. Elle se fait aller les bras de côté en poussant de petits cris enthousiastes.

Incompétence de notre système d’éducation

Enregistré dans : Actualité, Politique — J-P @ 6:39 am

Rima Elkouri publie aujourd’hui une chronique très efficace, L’approche «holistique» c’est fantastique!, où elle décrit l’état de pure folie qui sévit dans notre ministère de l’éducation. Elle sait de quoi est parle puisqu’elle a déjà travaillé au Ministère de l’Éducation. Elle s’est enfuit de là en courant pour aller travailler en journalisme. En effet, elle discute des consignes aberrantes que les correcteurs d’ortographe utilisent pour ne pas être trop sévères. Les correcteurs devaient être le plus «généreux» possibles. Résultat, les élèves n’apprennent pas à écrire correctement.

De la pure folie, je vous dis. Heureusement, le vent semble en train de tourner et les gens s’indignent. Il reste à faire le grand ménage dans notre système d’éducation. Après le retour du bulletin chiffré, peut-être que l’on pourra enseigner correctement à nos jeunes? Voici des extraits de la chronique:

Dans une autre vie, j’ai travaillé comme correctrice au très ésotérique ministère de l’Éducation. Correctrice des épreuves de français de cinquième secondaire, pendant quelques étés, rue Fullum, dans l’est de la ville. Puis, correctrice des examens au collégial, pendant très peu de temps, dans le sous-sol d’un ancien COFI de Parc-Extension. Jusqu’au jour où j’ai pris mes cliques, mes claques et mes dictionnaires pour me sauver par la porte de sortie du journalisme.

Les souvenirs de ces voyages dans le monde secret des très égalitaristes fonctionnaires de l’Éducation me reviennent chaque fois que je lis des aberrations comme celles dont faisait état Le Devoir hier. Quoi de neuf, donc, au ministère de l’Éducation? Eh bien, selon un expert mandaté par le MEQ, il faudrait cesser de compter le nombre de fautes à l’épreuve de français au collégial. Car, voyez-vous, l’approche quantitative, punitive et judéo-chrétienne fait en sorte que l’évaluateur, ce grand méchant tortionnaire devant l’Éternel, s’intéresse davantage aux faiblesses de l’élève, alors qu’il devrait plutôt s’intéresser à ses forces. C’est pourquoi, comprenez-vous, il faudrait préconiser une approche qualitative, dite «holistique», histoire de valoriser ce qui est réussi plutôt que de mesurer ce qui est raté… Parce que, voyez-vous, si on dit qu’il y a une erreur, cela sous-entend qu’il existe une norme «divine». Et qu’est-ce qu’une norme, hein? N’est-ce pas une source d’injustice, si on y pense? Car la norme idéale ne se manifeste jamais également d’une copie à l’autre. Alors qu’est-ce qui nous assure qu’une quantité de fautes ou de «non-fautes» témoigne bel et bien d’une maîtrise de la langue? Rien de rien, nous dit le vénéré expert.

Quoi de neuf, donc, dans le monde égalitariste du ministère de l’Éducation? Pas grand-chose. Cette approche débilitante de la pédagogie selon laquelle tous les élèves naissent bons jusqu’à ce que le correcteur les corrompe, a toujours eu une place prépondérante chez nos fonctionnaires. À l’époque de mon voyage ésotérique, on nous faisait bien comprendre que le correcteur avait intérêt à être le plus généreux possible. S’il avait le malheur d’être «sévère», c’est-à-dire «juste» selon mes misérables normes judéo-chrétiennes, il se faisait rappeler à l’ordre. On corrigeait le correcteur trop consciencieux. On lui apprenait à déchiffrer des arguments sans queue ni tête. On lui apprenait à créer de la cohérence là où il n’y en avait pas. On lui apprenait à deviner grâce à la boule de cristal des fonctionnaires de l’Éducation ce que l’élève «essayait de dire». Parce que le «pauvre p’tit», il fallait bien l’aider… Ce n’est pas ce qu’il voulait dire. Alors, s’il a écrit: «Premièrement, tout le monde est égal, même les inférieurs», est-ce que ça compte pour un argument? Mais oui, voyons! Parce que le correcteur doit voir au-delà des mots maladroitement alignés…

Comme on ne pouvait fermer les yeux sur les fautes d’orthographe ou de syntaxe, on se rattrapait ainsi en étant plus généreux dans l’évaluation du fond. Une entreprise absurde d’aveuglement volontaire devant un système qui produit encore une quantité sidérante de quasi-illettrés.

Bref, après tout ça, quand je vois la même logique de nivellement par le bas poussée à l’extrême par un expert qui rêve d’abolir la comptabilisation des fautes, je ne suis pas vraiment surprise. Hier, la ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, s’est heureusement empressée de condamner cette approche. Une question de respect, disait-elle. Pour la langue française, pour notre identité. Parce qu’il n’y a rien de répréhensible, bien au contraire, dans le fait de vouloir évaluer les connaissances des élèves.

Le hic, c’est que l’approche «holistique» n’est pas celle d’un seul dissident publiquement rabroué, hier. C’est, je le crains, le reflet de toute une culture dans le monde de l’éducation, bien implantée et difficile à déraciner.

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