Sur la piste de J-P

juillet 29, 2006

Mon malaise face au discours de Louise Arbour aux Outgames

Enregistré dans : Actualité, Généralités — J-P @ 11:03 pm

Vous ne pouvez pas habiter Montréal et ignorer que les Outgames viennent de commencer. À moins que vous soyez à l’extérieur de la ville, de la belle Province ou du continent.

À l’heure des conflits armés au Moyen Orient, j’ai été quelque peu surpris d’apprendre que notre représentante aux Nations Unies défend ardemment les droits des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles et transgenres (« LGBT ») dans son discours à l’occasion des Outgames. L’intégralité du discours est ici et j’en reproduis des extraits à la fin de ce billet.

Mme Arbour a eu beaucoup de fermeté et de courage pour utiliser sa tribune des Nations Unies pour dénoncer les crimes de guerre qui se déroulent actuellement au Liban. J’entendais des observateurs dire que Mme Arbour était une rare canadienne dont on pouvait être très fier actuellement. Elle se tient debout et fait presque bande à part face au gouvernement canadien relativement aux agressions au Moyen Orient.

Par contre, je pense qu’elle ne gagne pas énormément à diluer ses actions pour cette noble cause en promouvant celle des droits des personnes LGBT. Jusqu’aux dernières nouvelles, les personnes LGBT ne tombent pas comme des mouches et ne sont pas des victimes aux besoins criants comme celles du Moyen Orient. Ces deux problèmes ne sont tout simplement pas du même ordre et du même degré. Mon malaise tient son origine dans la disproportion entre ces deux causes. C’est un peu comme si un général De Gaulle, qui exhortait le peuple français à se soulever dans un assaut final contre les allemands pour vaincre le régime nazi, faisait un discours quelques jours plus tard pour favoriser le tourisme en Corse. Ainsi, on aurait pu douter du sérieux du célèbre général s’il avait agi ainsi. Il aurait pu être traité un tantinet fanfaron.

Si vous voulez connaitre l’origine de mon malaise plus directement, mon opinion est que les Nations Unies et ses représentants de haut niveau devraient concentrer leurs efforts sur les problèmes réels et urgents qui méritent toute leur attention. Vous ne trouvez pas qu’ils ont assez de chats à fouetter et de brasiers à essayer d’éteindre dans le moment? Les Nations Unies en ont plein les mains. Croyez-moi, ils doivent travailler fort et ils en ont de la broue dans le toupet!

Ce qui me déçoit aussi est que le discours académique de Mme Arbour sur le droit des minorités est assez froid et sans aucune allusion sur la situation qui préoccupe le monde dont de nombreux canadiens. En effet, l’allocution de l’éminente juriste manque un peu d’humanité et de chaleur en ces temps mouvementés. Une petite allusion au drame du Moyen Orient pour soutenir les nombreux libanais de Montréal auraient pu lui mériter quelques points en sa faveur. Peut-être que j’en demande trop, mais c’est un peu “cheap” de la part de notre porte-étendard qui doit défendre les droits de l’homme.

Ceci étant dit, quand il y aura plusieurs gais, lesbiennes, transgenres ou autres LGBTs qui périront un peu partout sur la planète suite à des tueries, je verrais d’un bon oeil un discours comme celui de Mme Arbour pour défendre leurs droits. Cependant, nous n’en sommes pas là et malheureusement il y a des choses plus pressantes. Je ne dis pas que la Terre doit arrêter de tourner à cause de la situation au Liban, mais que c’est à d’autres personnes que Mme Arbour de plaider pour les droits des minorités sexuelles. D’abord et avant tout, il y a la recherche et la défense du droit à la vie qui devrait animer présentement le travail de Mme Arbour.

Enfin, voici des extraits du discours de Mme Arbour:

Monsieur le Maire,
Monsieur le Ministre de la Justice,
Madame et Monsieur les co-présidents de la Conférence,
Madame la co-secrétaire générale et Monsieur le co-secrétaire général de l’International Lesbian and Gay Association (ILGA),
Mes chers amis,

Je suis très heureuse de me joindre à vous ce soir, à l’ouverture de cette importante conférence, et je remercie très sincèrement les organisateurs qui m’ont fait l’honneur de m’inviter à prendre la parole.

Je voudrais avant tout vous inviter a réfléchir sur certains thèmes qui animeront sûrement vos débats dans les jours à venir, à savoir, en particulier, le rôle de l’Etat dans la protection des droits fondamentaux de la personne humaine et surtout, la portée, et les limites, du droit international en la matière.

J’ai fait mes études de droit ici, à l’Université de Montréal, à la fin des années soixante et je considère avec fierté que mes racines juridiques et intellectuelles sont bien ancrées dans cette société qui vous accueille aujourd’hui. C’est en effet à la fin des années soixante que le Québec redéfinit son identité en même temps qu’il s’ouvre sur le monde. De façon plus large, le Canada tout entier est alors prêt à répondre à l’effervescence des premiers baby boomers revendicateurs.

En 1969, le Parlement canadien complète une réforme importante du Code criminel et abolit les sanctions pénales touchant les actes sexuels auxquels s’engagent en privé des adultes consentants. Il faudra attendre presque 15 ans pour que les dispositions de la Charte constitutionnelle des droits et libertés touchant l’égalité et la non-discrimination entrent en vigueur et deviennent les assises d’un régime juridique qui reconnaît aujourd’hui sans réserve les droits des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles et transgenres (« LGBT »). De plus, l’année dernière, le Parlement canadien rendait possible le mariage entre personnes du même sexe.

L’orthodoxie juridique soutient que le droit est rarement en avance sur la société et qu’il s’agit d’une discipline par vocation conservatrice et lente à refléter l’évolution des mœurs. Permettez-moi de remettre en question cette prémisse et de vous inviter à croire avec moi que le droit – et particulièrement ce droit qu’on appelle toujours à Genève les droits de l’homme – est le forum privilégié pour la création d’un régime universel de protection de l’égalité et du particularisme qui sont au cœur même de la dignité de l’être humain.

L’évolution du droit canadien – le passage de la protection de la vie privée a l’égalité substantive – n’est pas unique, mais, soyons clairs, cette évolution ne reflète pas encore la position du droit international tel qu’il existe aujourd’hui.

Je ne vous parle pas ce soir principalement en tant que juriste québécoise et canadienne. Je vous adresse la parole avant tout comme représentante des Nations Unies où mes fonctions me mandatent de protéger et de promouvoir tous les droits humains, à l’échelle mondiale. Il est clair que le processus et la rapidité d’évolution du droit international diffèrent du contexte domestique. Je crois cependant sincèrement en la capacité du droit international des droits humains de contribuer de façon importante au plein respect des idéaux reflétés dans la Charte des Nations Unies, et en particulier à « favoriser le progrès social et instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande ». Ceci dit, il faut être conscients de l’ampleur de la tâche.

L’organisation des Nations Unies sert essentiellement en tant qu’organe normatif de ses Etats membres. Le monde entier y est donc représenté dans toute sa diversité. La légitimité et la crédibilité du droit international des droits humains, tel que reflété dans les divers traités, coutumes et institutions, découle plus du consensus qui résulte d’un compromis entre ces diverses cultures que de l’adhésion à une doctrine théoriquement cohérente. Sur des questions controversées, telles que la protection légale offerte aux personnes LGBT, certains États sont avant-gardistes alors que d’autres se refusent même à aborder la question.

Dans ce contexte hautement polarisé, la qualité du débat est aussi importante que le résultat qui en est attendu. Des milliers de personnes sont à risque chaque jour en raison de leur identité, préférence ou pratique sexuelles. Dans notre recherche du cadre approprié de protection universelle des personnes LGBT, nous devons éviter à tout prix que le débat dérive de sa substance et sombre dans un dialogue de sourds entre soi-disant doctrinaires étroits d’esprit d’un côté, et prétendus dépravés de l’autre.

A l’heure actuelle, la majorité des pays membres des Nations Unies ne reconnaissent pas l’orientation sexuelle comme motif prohibé de discrimination. Plus de 80 pays maintiennent des lois qui criminalisent les pratiques homosexuelles. Cette réalité rend tout consensus politique aux Nations Unies très difficile à atteindre.

Cependant, les institutions composées d’experts indépendants qui supervisent la mise en œuvre du droit international des droits humains reconnaissent de plus en plus la discrimination contre les personnes LGBT comme une violation des droits de la personne humaine. Dans le cas bien connu de Toonen c Australie, le Comité des droits de l’homme, dont les membres experts sont chargés de la surveillance du respect des obligations contenues au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, a conclu qu’une loi qui criminalisait des actes homosexuels violait le droit à la vie privée.

Le comité a également interprété le mot ‘sexe’, dans l’article du Pacte traitant de la non-discrimination, comme incluant l’orientation sexuelle. Dans un autre cas contre l’Australie, le Comité des droits de l’homme a conclu que nier certains bénéfices aux partenaires de même sexe, alors que ces mêmes bénéfices étaient accordés aux couples hétérosexuels non-mariés, allait à l’encontre de la garantie contre la discrimination. Le Comité des droits économiques, sociaux et culturels a quant à lui inclus l’orientation sexuelle comme motif prohibé de discrimination dans certaines Observations générales récentes, ainsi que dans des Observations finales relatives à la situation des droits de l’homme dans certains pays.

C’est justement dans cette rencontre entre le travail normatif des États et les fonctions interprétatives des instances internationales composées d’experts qu’un terrain d’entente peut commencer à émerger. En effet, bien qu’aucun document onusien adopté par les Etats membres ne prohibe explicitement la discrimination sur la base de l’orientation sexuelle, il demeure que le principe de l’universalité exige que tous les êtres humains puissent jouir en tout temps de tous les droits, y compris du droit à la nourriture, à l’éducation, à des soins de santé de qualité, à une demeure, au travail. Comme plusieurs d’entre vous le savez, le Brésil, avec le soutien de quelques autres pays, a tenté de saisir la défunte Commission des droits de l’homme de la problématique de la discrimination basée sur l’orientation sexuelle. Cette initiative a rencontré une résistance obstinée, parfois même hostile, de la part de certains pays. Parmi les Etats qui ont des standards domestiques élevés pour la protection des personnes LGBT, plusieurs ont refusé de s’engager à faire étendre cette protection au niveau international.

Ceci étant dit, et tel que le travail des organes de traités des Nations Unies le démontre, le droit international des droits de l’homme n’est pas figé dans le temps; au contraire, il est en constante évolution. Ce processus lui-même peut contribuer à faire évoluer les normes au niveau national et à stimuler un débat sérieux, professionnel et respectueux. Encore une fois, bien que le consensus politique ne soit pas à notre portée à court terme, je crois que nous pouvons générer suffisamment de volonté politique pour commencer à se préoccuper sérieusement des questions de protection, et à répondre ainsi aux besoins les plus aigus d’une communauté à risque.

L’élève Harper est en train de couler

Enregistré dans : Politique — J-P @ 6:12 am

Laurent Laplante a consacré sa vie à la communication sous toutes ses formes. Il a été chargé de cours dans diverses universités québécoises, surtout en science politique et en communication. Il a été éditorialiste ou rédacteur en chef dans différents quotidiens, comme Le Devoir, L’Action, Le Jour et Le Soleil.

Ce texte de Laurent Laplante est libre de droits, et sa diffusion est encouragée. Le voici:

Québec, le 27 juillet 2006
Ni logique ni décence

J’ai tellement honte de ce que nos gouvernants perpètrent en mon nom que je demande à l’écriture d’ériger une frontière étanche entre eux et moi. Que ce pays, englué dans la servilité, l’incohérence, le militarisme et les reniements de signature, prétende parler et agir en mon nom, je ne m’y résignerai pas en silence.

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Paraît-il, déclare le premier ministre Stephen Harper, qu’Israël s’en tient à une riposte mesurée face aux attaques dont l’État hébreu est la cible. Si tel était le cas, aucun rapatriement ne serait nécessaire, puisqu’une réplique contenue dans les limites de la décence ne menacerait pas les populations civiles. L’élève Harper rate l’examen de Logique 101.

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Si la mort ou l’enlèvement d’un unique soldat entraîne comme riposte mesurée la dislocation d’un pays et l’assassinat de centaines de civils, pourquoi, comme me le demande une amie, la mort d’un policier canadien à Haïti n’a-t-elle pas provoqué, comme riposte mesurée, le bombardement par le Canada de Pétionville ou des Gonaïves ? À l’examen de reprise de Logique 101, l’élève Harper rate encore.

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Paraît-il, selon le même premier ministre Harper, qu’Israël a le droit de se défendre. Personne, à ma connaissance, n’a jamais dit le contraire. Stephen Harper oublie, cependant, que tous les groupes ont le même droit et que se défendre contre les agressions d’Israël relève aussi du droit universel à la légitime défense. Quand les morts sont dix fois plus nombreux chez ceux qu’Israël qualifie de terroristes que chez les occupants israéliens, qui se défend légitimement ? Ne doit-on pas prévoir, contrairement à ce que dit Stephen Harper, que les victimes, en plus d’être violées, intimidées, humiliées, torturées, tuées dix fois plus souvent que ceux qui « se défendent » seront qualifiées de bourreaux par leurs bourreaux ? La légitime défense du violeur, il faut du toupet pour y croire. Honnêteté 101 ? Stephen Harper n’y est même pas inscrit.

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Dans sa logique bancale, le premier ministre Harper juge conciliables la compassion pour les ressortissants canadiens bombardés au Liban et l’appui inconditionnel du Canada au pays qui bombarde les mêmes ressortissants. Un sourire aux victimes, une tape dans le dos des bourreaux, on mesure du coup le souci de justice et d’équité qui habite cet homme. À une autre époque, au nom du même culte de l’équilibre, il aurait sans doute accordé un quart d’heure au rabbin et un quart d’heure à Hitler. L’élève Harper coule l’examen de Décence 101.

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Amnésique, menteur ou ignorant, peut-être les trois à la fois, le premier ministre Stephen Harper pactise avec un pays qui multiplie les punitions collectives. Le Canada a pourtant ratifié la Convention de Genève qui interdit formellement de tels crimes. Si l’Histoire conserve parmi ses souvenirs les plus nauséabonds le massacre par les nazis des 642 habitants d’Oradour-sur-Glane le 10 juin 1944, elle rangera dans la même catégorie les sadiques attaques israéliennes contre la société libanaise et, dans la marge, les noms de ceux qui les qualifient de riposte mesurée. L’élève Harper rate le test portant sur Histoire 101.

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Complices du gouvernement Harper ou bêtement manipulés par lui, nos médias multiplient les reportages sur les émouvantes retrouvailles entre les ressortissants canadiens rentrant au pays et leurs proches. Belles et légitimes images. Mais le Liban, lui, que devient-il ? S’il n’y avait eu au Liban aucun ressortissant canadien, la déclaration servile et mensongère du premier ministre Harper lui vaudrait-elle le prix Nobel de la paix ? Triste et inusable chauvinisme que celui qui pleure seulement sur ce qui fait mal à des « nationaux ». L’examen de Pluralisme 101 ? Échec de l’élève Harper et des médias.

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Si le premier ministre Stephen Harper trouve subitement quinze milliards pour l’achat d’armement, on s’inquiète, puis on espère candidement que le Canada en profitera pour mieux préparer ses mandats de pacification. Quand, quelques semaines plus tard, Stephen Harper endosse aveuglément le terrorisme d’État pratiqué par Israël et les États-Unis, il disqualifie le Canada des missions de paix qui faisaient l’honneur de ce pays. Personne ne peut plus considérer le Canada comme non-aligné et à peu près crédible. Les quinze milliards mettront des armes de destruction massive à la disposition des ceux qui attaquent les pays qui n’ont pas de telles armes. Si les gouvernants subissaient un examen sur l’éthique, l’élève Harper le raterait lui aussi.

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Le Québec multiplie les ronds-de-jambe pour que le premier ministre Harper lui permette un rôle de figurant dans les forums internationaux. Le même Québec prouve présentement par son silence tonitruant qu’il est trop lâche pour protester quand se commettent les pires crimes contre l’humanité. D’ailleurs, ni à Québec ni à Ottawa, on ne semble savoir que le Liban fait partie de la francophonie. Ce ne serait pas le cas qu’il faudrait hurler quand même, mais c’est le cas. Où se cachent-elles aujourd’hui ces ministres qui brandissaient hier l’étendard de l’exception culturelle ?

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De toute façon, dira-t-on au vieux bougonneux que je suis, il ne sert à rien de souhaiter un retour du premier ministre Harper à la logique et à la décence. Critique déprimante et surtout mal fondée. Ce sont les humbles et massives protestations populaires qui ont tenu le Canada hors des assauts contre l’Irak. On recommence ?

Laurent Laplante

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